Paroles libertaires ! 7 mai 2005, nous avons écrit : "Alors oui, ca recommence, "Emancipations", parce que les temps sont venus !" Nous confirmons.
Le gouvernement maintient le discours de Sarkozy sans adaptation. Or ce discours s'est décrédibilisé considérablement. Mais d'avouable, le candidat n'avait que le discours et n'a pas d'autre choix, et pas assez de sens politique pour s'adapter (c'est à la fois aussi une question de personne et une orientation politique de fond (une droite bornée)).
Il commence à lâcher un peu de lest en se servant des fonds publics qu'il dit épuisés par ailleurs. Ainsi le paiement partiel des heures de RTT pour tenter de calmer les médecins des hôpitaux, et quelques autres mesurettes dans la foulée de l'aide accordée en son temps aux marins-pêcheurs.
Plus fondamentalement, il poursuit sans sourciller sa politique de "civilisation", déléguant aux sirènes du MEDEF le soin de faire la publicité, et usant jusqu'à la corde le sens des compromitions (pour ne pas dire plus) des patrons syndicaux.
Ainsi l'arbre du discours cache l'arbre des mesurettes financées par les fonds publics, qui cache à son tour la forêt de ce "changement de civilisation" : flexibilité, blocage des salaires, baisse des pensions (par rapport à l'inflation), limitation des droits à la retraite, casse du service public d'enseignement, non remboursement accru de soins et de médicaments plus "franchise", limitations du droit de grève, remises en cause du code du travail, des 35 heures, de tous les droits durement acquis, de toutes les perspectives de progrès social et de justice.
Ce n'est que du bout des lèvres d'ailleurs qu'il accepte même que l'on touche à l'arbre seul. Ainsi a-t-il prévenu les enseignants : vous allez être augmentés mais en travaillant plus et sur le seul argent récupéré par des suppressions d'emploi. Pour ce qui est de la forêt, pas touche : le fond rejoint le discours dans un autoritarisme certain.
Cet autoritarisme, cette marque d'une droite bornée, on les retrouve nettement dans l'infamante prévision d'expulsions d'immigrés. Des chiffres donnés comme objectifs à de zélés ministres comme Hortefeux, des primes à l'abattage, et le tout de cette honte installé dans le silence. En tentant de minimiser l'offensive sarkozyste, la gogôche prend sa part de responsabilité à cette cristallisation des injustices, à cette inscription dans le marbre des souffrances programmées, à cette "civilisation" minable qui est en marche.
Il ne reste plus guère de place pour composer, pour bricoler, pour réparer. Quand seront épuisées toutes les fausses solutions, toutes les illusions, la réalité explosera, et peut-être assez vite, à la face de tout un chacun. La question est déjà posée : quel monde voulons-nous ? Au moins savons-nous que ce n'est pas celui-là. Au moins devons-nous comprendre qu'il faut répondre désormais à la question, car l'émancipation ne sera l'oeuvre de personne en dehors de nous.
Il est plus tard que tu ne penses, camarade !