Paroles libertaires ! 7 mai 2005, nous avons écrit : "Alors oui, ca recommence, "Emancipations", parce que les temps sont venus !" Nous confirmons.
Les fêtes de Bayonne 2006, ca a été environ un million de personnes dans une ville de moins de 50000 habitants. L'activité principale et centrale : boire. Le tout habillé en blanc et rouge. Cette immense taverne bavaroise mobile fait l'admiration de beaucoup, du territoire et au delà.
Dimanche 6 août, dernier jour des "fêtes". Mais au petit matin déjà, les pompiers trouvaient dans les rues de la ville une môme de 16 ans, hagarde, "en grand état de souffrance physique et psychologique". Isolée du groupe où elle était, elle avait été violée "en réunion". Une autre jeune femme de 23 ans, violée elle aussi "en réunion" à peu près à la même heure, était recueillie.
Le maire de Bayonne, fils de son père, maire antérieur, chirurgien aussi, comme lui, s'était illustré l'an passé pour avoir évoqué ces filles qui "dansent en montrant leur string", ..., tout le monde connaît cet argumentaire que l'on pourrait croire d'un autre temps. Cette année, la palme à son adjoint à la sécurité, qui s'est empressé de déclarer qu'il s'agissait de "faits qui se sont tous produits au petit matin lorsque l'heure légale de fermeture des fêtes est largement passée". Fallait oser, il a osé. La chose bien sûr n'aurait rien à voir avec les fêtes : mais réunir un million de personnes pour les ennivrer, servir de l'alcool aux mineurs, faire monter cette pression par le colportage de toutes ces histoires de "festayres", par tous ces paris débiles, par tous ces hommes dont l'activité principale entre 2 verres est de baisser leur pantalon et leur slip, qui se promènent avec des t-shirts imprimés évoquant des "queues de 64 cms", toutes ces mains au cul, ces insultes, ces agressions, tout ce défoulement de bons chrétiens en terre de dieu, tout celà non-stop dans l'esprit, tout celà serait hors cause ? Tiens donc !

Car c'est bien un défouloir de "bonnes âmes", ce boxon organisé, comme les terres chrétiennes savent en produire, avec le fanal de Rio de Janeiro. C'est bien un défouloir à la fausse morale à la con, l'autorisation en temps et heure de montrer son cul, mais toujours grossièrement, les bons chrétiens qui vont recouvrir de goudron les nudistes. A la corse, à la basque, à la chrétienne, avec les maisons propres et l'intérieur du coeur un peu moins, comme les flamandes de Brel "nazies pendant les guerres et catholiques entre elles".

Et comme on n'est pas rat en la demeure pour les défouloirs, Bayonne se flatte d'être la "1° place taurine de France", mise à mort à l'heure officielle de pauvres bêtes qui font toujours mouiller les culottes des belles étrangères, comme disait Ferrat, qui excite la sensibilité agonisante des intellos et le goût de mort de beaucoup. La tête de taureau désormais flotte sur les poitrines et les écharpes, et les voitures, à côté des autocollants pour les écoles en langue basque, mais le taureau, on le tue, parce que, parce que, ben la tradition.
On boit, on dégueule, on rôte, on pête, qu'est-ce qu'on s'amuse, on touche, on insulte, on viole, on tue le taureau, les bouchers privilégiés mangent les testicules (si, si), qu'est-ce qu'on s'amuse. Mais le reste de l'année on se ferme comme une huitre ou comme la sainte vierge, madone de tous les festayres.

Il y a quelques années toutefois, un goupe de jeunes radicaux abertzale ("patriotes") avaient posé le problème des violences sexistes dans la fête. D'autres ont repris le problème, et certes des petits points ont avancé. Le problème, c'est que ces "fêtes" là, comme le reste, n'échappent plus à leur réalité. A moins bien sûr de considérer que l'heure du crime détermine si c'est un crime.
PS : les cafetiers, en septembre, fermeront quasiment tous et iront se reposer dans les iles. ils reviendront, fidèles, pour accueillir, dans "l'esprit des fêtes", les soirées lycéennes "festives", comme il y a quelques mois, une jeune fille violée dans un restaurant par ses camarades de classe, tout le monde ivre, of course.
"Du vin et des jeux pour le bon peuple!"
Et si en 2007 on allait soutenir les toros ? (à suivre)
Mise à jour du 09-08-06 : une manifestation contre les viols a eu lieu à Bayonne. 3 nouvelles plaintes ont été déposées par des jeunes femmes, probablement victimes de la "drogue du violeur". La loi du silence commence à se briser.