Paroles libertaires ! 7 mai 2005, nous avons écrit : "Alors oui, ca recommence, "Emancipations", parce que les temps sont venus !" Nous confirmons.
Un Président de la République qui promulgue une loi en assurant qu'elle ne sera pas appliquée, c'est déjà étrange et fou juridiquement. Mais un Premier Ministre qui laisse sa place de facto au Ministre de l'intérieur, c'est tout aussi fort. Et quand c'est un parti politique qui est chargé de gérer un problème d' Etat, on achève la quadrature du cercle !
L'UMP se substitue donc dans cette question dite du CPE à l'Etat occupé par ... l'UMP ! Un scénario qui n'a rien à envier aux plus caricaturales "démocraties" africaines.
Le tout donne une certaine idée de la décomposition politique de l'Etat, avec toutes les contradictions liées. Il s'agit d'un recul historique sans précédent.
Livré à l'UMP par un hasard électoral, cet Etat aurait pu se retrouver aux mains de l'extrême-droite. A voir comment la droite institutionnelle en arrive à promulguer une forme de dictature libérale, on imagine assez bien ce qu'un vieux fasciste en aurait fait.
Ce mouvement assez formidable parti du refus du CPE n'a pu progresser que parce qu'il a été pris en charge par la jeunesse, peu soucieuse d'intérêts politicards. Parce qu'il a été rejoint par les salarié(e), assurant une déferlante que les seuls syndicats n'ont pu ni programmer ni décider dans leur coin. Parce que l'unité syndicale pouvait difficilement être remise en cause par l'un d'entre eux, qui se serait par là condamné. C'est une formidable avancée du mouvement social, de l'autonomie de ce mouvement, des forces vives par rapport aux forces de la mort.
Ca, c'est la réalité, mais ne rêvons pas. Tous les coups sont encore possibles à partir de ces étranges entretiens qui commencent le mercredi 5 avril 2006, et sans être pessimistes, l'expérience aidant, on peut s'attendre à bien des coups bas. Or nous savons désormais que sur ce point précis du retrait du CPE, nous pouvons gagner. Nous savons que désormais la question de son petit frère CNE est posée, comme le travail de nuit dès 15 ans, comme l'apprentissage dès 14 ans. nous savons que l'exaspération est grande, que rien n'a été digéré de la casse des retraites, des assurances sociales et de tant d'autres. N'empêche !
Un étonnant député UMP villepiniste n'a pas hésité à déclarer que Sarkozy cédait tout "à l'UNEF et aux anarchistes". Pas si sot, car le sigle de l'UNEF lui oermettait de désigner la jeunesse, et le terme d'"anarchistes" l'autonomie réelle de la plupart de ceux et celles qui font ce formidable mouvement.
Participer à assurer, renforcer cette autonomie du mouvement social, participer à mobiliser ce mouvement, là est notre tâche. Dans le même temps, nous constatons à quel point c'est nécessaire et non suffisant, car lorsque le mouvement social s'exprime ainsi s'exprime aussi la nécessité d'un projet de société qui aille à l'encontre du vieux monde.
En refusant telle ou telle chose, nous posons déjà les termes de ce que nous voulons, mais il faut encore franchir le pas pour un énoncé clair. Du communisme et de la liberté, car il n'y a pas de socialisme sans liberté, pas de liberté sans socialisme. Nous avons fait les expériences du capitalisme d'Etat, ce stalinisme infâme toujours combattu par nous, encore en service dans l'immense Chine, l'expérience du capitalisme privé, à peu près hégémonique sur le reste du monde avec son cortège d'horreurs et d'injustices prétendument "naturelles", l'expérience de presque toutes les gestions avec l'incapacité chronique, structurelle, fondamentale de la social-démocratie à changer quoi que ce soit. Donc acte : il nous faut poser un projet de société égalitaire, libre, solidaire. Un projet de société communiste libertaire.