Paroles libertaires ! 7 mai 2005, nous avons écrit : "Alors oui, ca recommence, "Emancipations", parce que les temps sont venus !" Nous confirmons.
Les liens que nous indiquions sur ce site ont disparu. Ils pointaient vers quelques sites seulement, dont celui de la CNT. Ce syndicat tend à affirmer sa présence et son évolution nous paraissait intéressante. Pourtant, depuis quelques temps, nous avions parfois du mal à nous reconnaître dans certaines orientations. Au final, ils nous paraissaient toutefois participer de la reconstruction du mouvement social.
Les choses, cependant, n'étaient pas très simples. Car il n'y a pas une mais deux CNT au moins en France. La plus nombreuse numériquement est probablement la CNT-F, celle du chat noir, ou "des Vignoles" (nom de la rue du local parisien). Les raisons de ce divorce ne sont guère intéressantes, en même temps que ces histoires pèsent sur le devenir anarcho-syndicaliste.
C'est très marginalement que nous avons tenté de débattre avec l'un des syndicats de cette CNT, celui de l'Aude (CNT11). Nous avions lu sur le site confédéral de la CNT un appel de leur part à une manifestation loin de chez eux, à Bayonne, manifestation abertzale ("patriote" en basque) pour l'autonomie du Pays Basque Nord. Nous avons voulu leur faire part de notre désaccord avec cette revendication, issue de la théorie dite du "front commun" entre sud et nord du Pays Basque, développée militairement par ETA (exécution récente de deux policiers espagnols désarmés en France revendiquée) très récemment, et développée politiquement par le gouvernement basque (du PNV), qui investit financièrement par le biais des officines dites culturelles et politiquement par des organisations-relais dans une strétégie de rupture basée sur le marché européen. Un gouvernement basque qui a remis au goût du jour très récemment, par la bouche de son Président, une prétendue exception de sang des Basques (la vieille histoire), dans la tradition raciste de Arana, fondateur et théoricien raciste et xénophobe du nationalisme basque. (A l'opposé, ETA se "contenterait" d'une adhésion à la langue, à la culture et aux institutions basques, demandée à chaque résident). Nous sommes bien loins du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes".
Mal nous a pris de penser pouvoir affirmer à des gens que nous pensions être des camarades notre désaccord. La réponse a été sans détour et pour le moins surprenante. La vision que la CNT11 semblait avoir des anarchistes ("totalitaires", etc) dépassait la simple différence pour s'affirmer hostile. Nous avons souhaité un débat. A cette occasion, nous avons pu mesurer plus précisément l'un des points qui nous chagrinaient dans la CNT : nous avons fait de nos courriers une copie au bureau confédéral, mais le sentiment était de ne pas pouvoir sortir de la confrontation avec ce syndicat particulier. Nous n'avons obtenu aucun texte de fond, validé par un congrès ou une commission, eu aucune réponse sur la question du positionnement de la CNT dans son ensemble, etc... Il ne nous restait que de vagues éléments de référence : un sigle, un drapeau. Un sigle et un drapeau communistes-libertaires. Mais là les choses se corsent : la CNT11 n'a cessé de nous dire qu'ils n'avaient rien à voir avec les anarchistes, qu'ils étaient un syndicat point, que les anarchistes étaient vilains, et au bout du compte, citation :"La France est une grosse merde colonialiste et impérialiste, les anarchistes français défendent l'unité et l'indivisiblité de cette merde, qu'ils crêvent avec elle. " Nous avons une certaine habitude de l'invective, mais là nous devons reconnaître avoir été surpris. Et nous avons pris acte.
Sinon, la CNT ? Ben dans des communiqués plus représentatifs, elle explique que la référence "anarchiste" l'ennuie, qu'elle s'en défait, qu'elle est un syndicat de classe qui se construit dans l'action. Elle ne va pas jusqu'à nier ses origines, mais elle priorise cette construction dans l'action. pourquoi pas, si ce n'est qu'il devient dès lors impossible de la critiquer, puisqu'elle n'a pas encore accouché d'un projet. D'où la grande importance de ses positionnements, comme par rapport aux peuples : s'inscrire dans une stratégie de pouvoir, c'est faire un choix. Mais nous ne savons même pas si la CNT dans son ensemble valide une telle stratégie. Un débat sur la revendication d'autonomie (pas vague et romantique, mais inscrite dans son contexte réel) ne s'impose-t-elle pas ?
L'un des pièges de l'action priorisée est bien là : l'absence d'un projet clair, de bases nettes, ouvre la voie à bien des aventuriers, quoi que veuillent au départ les initiateurs. Apparaissent des noms, des personnes, des intérêts personnels, mais aussi des groupes d'intérêts : trotskystes partisans de l'entrisme, nationalistes en quête de gages sociaux, religieux et autres. En somme, quand la CNT aura un peu plus avancé dans sa pratique, elle devra préciser son projet et devra choisir dès lors son camp, car le socialisme est ou n'est pas libertaire, la liberté est communiste ou n'est pas. L'apologie du tout pratique est la petite soeur de l'apologie du tout idéologique.
A ce jour, tous les groupuscules qui se sont essayé depuis 68 à l'activisme ont toujours fini par vieillir (c'est la vie) et par se dissoudre on vous dit même pas dans quoi, ... Nous avons bon espoir que la CNT (celle-là, l'autre et la 3°) s'inscrive durablement dans le mouvement social avec un projet communiste-libertaire. La CNT11 a conclu : "les anars nous emmerdent en noyautant notre syndicat. Fin du débat.". En somme, les anars n'auraient pas leur place à la CNT, qui elle aurait le droit de s'approprier l'histoire et les couleurs du communisme-libertaire, et le débat serait à proscrire. Assurément, nous sommes aux antipodes. Mais pour l'anecdote, comme le PS, la CNT risque de changer de nom, sinon de couleur (c'est plus délicat)... Et un syndicat ne fait pas la CNT (d'où la difficulté à se positionner par rapport à elle).
Fondamentalement, la question posée est cependant intéressante et nécessaire : une référence anarchiste au départ d'un syndicat peut être une sorte de chapelet idéologique. La présence d'éléments anarchistes radicaux peut bloquer des débats. Pourtant, le départ n'est pas d'aujourd'hui, et il est vain de faire comme si. C'est aux usurpateurs qu'il appartient de faire oublier qu'ils viennent d'arriver, pas aux révolutionnaires, car ils se situent dans une histoire. C'est depuis des siècles que l'on crève des religieux, des nationalistes de tout poil. Et ce n'est pas d'aujourd'hui que le mouvement communiste-libertaire démarre. Personne n'est obligé de vouloir assumer cet héritage, mais si quelqu'un le fait, alors il doit assumer. D'autre part, par les portes ouvertes des mouvements sociaux entrent bien des gens. Les trotskystes s'en sont fait une spécialité, et leur lutte d'influence dans une CNT indécise ne peut pas être une surprise, de même que celle des nationalistes, des religieux et des arrivistes. Au bout du compte, il importe de retenir que les mouvements organisés ne sont pas autre chose que ce qu'une époque a pu produire, et que le chemin est encore long, camarades !
